« Le travail rend-il malheureux? »


Le travail rend-il malheureux?Cette question m’a été posé à quelques jours d’intervalles par 2 cadres et dirigeants. Au moment où la situation économique en Europe est telle que les personnes sans emploi se comptent par millions, la question peut sembler iconoclaste.

Et pourtant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ceux qui n’ont plus de travail placent en tête le souhait ardent de retrouver une situation professionnelle. Et en même temps, certains de ceux qui ont un emploi de cadre ou qui dirigent une entité dans un groupe ne se sont jamais sentis autant surchargés, débordés ou en manque de soutien.

De quoi avez-vous peur?

Suzan a 30 ans. Elle travaille depuis 2 ans et demi dans une entreprise de services. Une « belle entreprise » comme on dit. Une entreprise où elle travaille dur, et où elle n’a plus d’envie. Elle est en charge du développement commercial et son problème c’est qu’elle a du mal à fixer les limites, à dire non à la demande de trop.

Alors la charge devient peu à peu écrasante. Suzan a troqué son enthousiasme des débuts pour la peur. De peur de ne pas atteindre ses objectifs, ses heures s’allongent, …et son temps de sommeil se réduit. De peur de perdre son emploi, de se retrouver dans l’incapacité à s’assumer financièrement, elle accepte toujours plus. Sans la force de dire non, la situation devient de plus en plus difficile à supporter.

Elle se dit qu’elle ne peut compter sur personne. Et personne ne s’en préoccupe, ni ses collègues, qui vivent la même chose, ni son patron, autant « débordé ». Et dans les autres pensées limitantes, elle se trouve de plus en plus incapable. Elle se dit qu’elle est prisonnière d’un piège dont elle a accepté la mise en œuvre, et qu’elle n’a pas le choix

Ex-Haut Potentiel ou futur Ex?

Patrick M. a 50 ans, il est l’un de ces cadres que l’on a désigné HP (Haut Potentiel) puis que l’on a rangé dans une activité où il excellait pour ne plus en sortir. Cela fait 15 ans qu’il travaille dans ce groupe mondial de cosmétiques.

15 ans jusqu’au changement de président de la filiale dans laquelle il dirige une part importante des opérations. Alors Patrick est amer aujourd’hui. Son DRH vient de lui annoncer que l’on à plus de poste pour lui dans le cadre de la nouvelle organisation par pays. Il y a bien de nouvelles perspectives, notamment au siège, mais on a préféré placer untel, plus proche du nouveau pouvoir.

« Et à Pékin? lance-t-il. Après tout je peux m’adapter, mon épouse est chinoise et je suis mobile. Je pourrais faire profiter le groupe de mon expérience dans la mise en place de nos nouveaux sites sur la zone Asie ? Je suis prêt à examiner toutes les pistes dans cette réorganisation par zone.
-Je suis désolé Patrick, mais on n’expatrie pas quelqu’un comme toi. On trouvera plus facilement un chinois pour faire ton métier en Chine. Et moins cher. Non, et puis il n’y a plus consensus aujourd’hui sur ta candidature à aucun poste en interne dans le cadre de cette réorganisation ! » 

Retrouver ses repères.

Alors que faire lorsqu’il n’y a plus d’élan pour notre travail ? Si nous ne posons notre attention seulement sur tout ce qui ne va pas, nous mettons beaucoup de soin à nous construire une vie malheureuse. C’est notre liberté de le faire. Il est pour autant possible de regarder attentivement ce à quoi contribue notre travail dans notre vie. Et de choisir objectivement ou non de le poursuivre pour ce qu’il nourrit dans notre vie.

Avec 20 ans de différence d’âge, Suzan comme Patrick vivent tous les deux des situations difficiles et peu en rapport avec leurs aspirations en début de carrière. Tous deux se disent que leurs attentes par rapport au travail ne sont plus audibles.

Etre heureux au travail est-il devenu un rêve inaccessible?

Une partie de la réponse réside dans le rapport que chacun entretient avec son travail. Que mettons-nous dans notre travail ? Le sens de notre vie ? La joie de contribuer à un projet dont les enjeux sont hors normes? La découverte de nouvelles perspectives de développement personnel? Le sentiment rassurant de nourrir son besoin de sécurité matériel pour soi et sa famille ? La satisfaction d’être reconnu comme professionnel de notre domaine ou de notre secteur ?

Ce n’est pas notre travail qui nous rend malheureux, c’est ce que nous y mettons comme attente.

Le travail, certes, peut remplir un certain nombre de celles-ci. Le piège que nous nous construisons, est d’imaginer que c’est le seul moyen, la seule « stratégie », la seule solution disponible pour nourrir nos besoins.

Nous confondons bien souvent le travail et l’argent qu’il procure, et nous sommes terrorisé de perdre le second si nous ne nous comportons pas comme attendu dans le premier.

Cela nous coupe de notre authenticité. Nous nous faisons violence à nous-même en acceptant de subir une situation devenue insatisfaisante. Parce que nous n’osons pas exprimer -sans violence- ce qui se passe pour nous, nous imaginons que le travail (notre collègue, notre équipe, notre patron, notre partenaire) va deviner tout seul nos besoins.

Besoins de latitude, d’autonomie, de reconnaissance, de partage, de dialogue…, nous avons des dizaines de besoins. Légitimes. Et l’organisation a également des besoins. Les reconnaitre et les entendre et en même temps s’autoriser à exprimer les nôtres, c’est bien se donner une chance d’être entendu… et de commencer à envisager ensemble des solutions remplissant les besoins de l’un et de l’autre, dans le respect de l’un et de l’autre.

Et vous?

Quelles attentes mettez-vous dans votre relation au travail ? Arrivez-vous facilement à dire « non » dès que vous ressentez le besoin de l’exprimer ? Comment avez-vous évité d’arriver dans les situations vécues par Suzan et Patrick ?

@StephaneLoiret

Stéphane Loiret – Aout 2013

4 réflexions sur “« Le travail rend-il malheureux? »

  1. Merci pour cet article. Il pose une question très pertinente concernant le bonheur au travail. Laisser à une société ou une autre personne le soin de gérer notre carrière, de satisfaire nos besoins de reconnaissance, d’évolution, d’apprentissage …. est, à mon sens, bien souvent source de souffrance. Et dans cette souffrance peut se cacher le désir de faire autre chose de complètement différent, de suivre sa voie, de découvrir de nouveaux horizons professionnels.

    • En accord avec vous Nathalie, c’est ainsi que mon mari et moi-même avons décidé, il y a 7 ans de prendre notre vie en main et notre boulot aussi!
      Et maintenant notre travail nous rend Heureux!

  2. Bonjour,
    Tout le monde sait que la période actuelle crée de nombreux défis dans la vie des gens.
    De plus en plus de personnes ne veulent plus se contenter d’un revenu purement alimentaire.
    Quelques personnes ont trouvé un moyen de ce créer des revenus en combinant harmonieusement vis professionnelle et vie privée, et ma démarche consiste à montrer aux gens comment obtenir cela.
    Je suis simplement curieuse de savoir si vous connaissez Robert Kiyosaki?
    Je viens juste de découvrir son dernier livre que je trouve inspirant.
    Mariette JENNES
    Créatrice, mentoring et accompagnement.
    Mariette_jennes@hotmail.com

  3. Post très intéressant qui propose une première réflexion sur le « bonheur au travail ». Les attentes et les impératifs sont différents selon que l’on soit demandeur d’emploi, ou bien que l’on soit en poste.

    Pour le demandeur d’emploi, travail = bonheur. Avoir un emploi lui garantira revenus, responsabilités, vie sociale plus épanouie, perspectives d’avenir positifs. Il cerne parfaitement les bénéfices qu’il peut tirer d’un emploi, tout en connaissant parfaitement les soucis associés à une absence de travail.

    Pour le salarié, qui a la chance de se lever chaque matin, il des préoccupations différentes. Il doit faire coïncider sa vie perso et sa vie pro, il doit faire attention à garder un rythme de travail soutenu pour ne pas risquer de se retrouver sans emploi. Il va faire passer son job avant tout, creusant son propre malheur. Lorsqu’il se rend compte que son boulot prend le pas sur le reste et qu’il a plus de mal s’en défaire, il regarde avec envie les avantages liées à l’absence d’emploi : plus de temps libre, plus de liberté, moins de soucis, moins de stress, etc.

    Etant personnellement en recherche active d’un emploi, je suis très regardant sur la « vie » de l’entreprise, et les engagements qu’elle prend vis-à-vis de ses collaborateurs (formation, accompagnement professionnel, processus d’évolution, chiffres clés, etc.). Ce critère me permets d’identifier les entreprises où je me sentirai de travailler avec envie, et où les chances de « déprimer » au fil des années sont faibles.

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