C’est quoi être efficace en Réseau ?


Lorsque Mathilde (*) apprend qu’elle va perdre son poste après 18 ans de vie professionnelle sans histoire, et quitter son entreprise en Juin 2012, elle sait qu’à 42 ans il lui sera indispensable de faire fonctionner son réseau professionnel pour rebondir.

Au nom de l’efficacité, la course de relais commence ! Ses proches, les gens qui l’aiment bien et ceux qui voudraient bien l’aider, lui prodiguent conseils et contacts à prendre. Elle entend que « beaucoup d’autres sont dans le même cas, ce n’est pas si dramatique ». Parfois : « qu’as-tu fait pour te mettre dans cette situation ? ». Et souvent qu’avec « ses diplômes et sa carrière brillante [on] ne s’inquiète pas, c’est certain qu’elle parviendra à se repositionner ».

A divers degrés il nous est tous arrivé de recevoir ces types de messages, qui minimisent ce que nous vivons ou qui questionnent et conseillent « pour notre bien ».
Alors que Mathilde a besoin d’écoute, de présence et d’attention, ces messages ne créent pas vraiment le lien entre elle et ses amis.
Il nous arrive aussi de nous exprimer comme le font les proches de Mathilde, par « gentillesse », c’est une posture relativement habituelle. Il est probable que nous ressentons également de la frustration de ne pas savoir l’aider.

Et Mathilde, ressent la même frustration. Elle sait tout cela, mais ce dont elle a besoin pour le moment, c’est de soutien et de compréhension pour l’épreuve qu’elle traverse. Son licenciement, c’est d’abord une rupture, et elle sent qu’elle a besoin de traverser le deuil de cette séparation. La force de Mathilde, c’est d’en être pleinement consciente, et de s’abstenir de se lancer dans des contacts avant d’être « au clair » avec elle-même. Comment espérer partager de la disponibilité avec notre réseau si nous négligeons d’être, auparavant, disponibles avec nous-mêmes ? Comment demander au relayeur de prendre efficacement notre témoin, si nous n’avons pas préparé notre départ.

Partir en « réseau », dans le cadre de sa recherche d’emploi, c’est un travail à plein temps. Avec ses règles : vérifier si l’autre est disponible, être conscient que la relation s’établit sur des bases de respect mutuel, de confiance, de générosité. L’autre vous donne du temps, de l’écoute, de la présence, des ressources avec de nouvelles pistes pour votre recherche. Tout cela parce que vous êtes recommandé. Pas par « piston », mais simplement parce que l’on vous attribue ces mêmes qualités.

« Charité bien ordonnée, commence par soi-même » dit le proverbe. Ce n’est pas une invitation à l’égoïsme, c’est retrouver naturellement le chemin vers soi qui va nous conduire à être disponible pour aller vers l’autre.

Et plus efficace en réseau.

Stéphane Loiret – Octobre 2012

 

(*) Le nom a été changé.

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Les bienfaits de la célébration


Celebrer chaque victoire si petite soit-elleVincent (*) a presque 6 ans cet été-là, il passe ses vacances dans un petit village de Corrèze chez ses grands-parents. Comme tous les enfants de son âge, Vincent aime bouger et faire du vélo. Mais aujourd’hui il a décidé de faire du vélo pour la première fois sans l’aide des roulettes de stabilité. Encouragé par son grand-père, il s’élance sur le faux-plat, puis aborde la pente plus raide du chemin qui longe la maison. Après 5 mètres, il peine, la vitesse du vélo diminue rapidement; Vincent chute. Nous avons tous connu ce que vit Vincent à ce moment précis.

Au-delà de la surprise et la douleur, c’est surtout la déception et la tristesse qui l’envahissent. Il essuie une larme. Et là, son grand-père vient l’aider à se relever et lui dit : « je suis épaté, c’est super, tu as réussi plus de 5 mètres tout seul du premier coup ! Tu peux être très fier de toi, essaye encore. »

Claire (*) a entrepris de changer de vie professionnelle il y a 5 mois. Les premiers pas dans sa démarche de construction de projet ont été difficiles. Mais chaque pas a été reconnu et célébré comme une petite victoire pour elle-même. Cela a contribué à alimenter son optimisme et graduellement sa confiance en elle et ses ressources. 5 mètres après 5 mètres.

Le franchissement de chaque difficulté est l’occasion d’une joie à partager. C’est aussi un choix et notre responsabilité de le décider.

Il y a 2 semaines, je reçois un message de Claire, m’annonçant qu’elle a la confirmation d’un rendez-vous obtenu sur recommandation pour sa recherche de poste. Elle a le trac.

Au lieu de lutter contre, elle accueille simplement ce qui se passe pour elle. Elle célèbre intérieurement ce qu’elle a parcouru pour obtenir cet entretien. Elle s’accorde cette reconnaissance du chemin effectué et s’en réjouit intérieurement. Elle peut, comme Vincent, remonter sur son vélo.

Le rendez-vous a eu lieu vendredi dernier. Et sans que Claire s’y attende, ce contact de réseau s’est transformé en proposition de poste. Sa prochaine étape est de rencontrer les Ressources Humaines.

Oui, je suis heureux pour Claire. Et si vous aussi, vous vous surprenez à être heureux, de cette histoire, ou de vos plus petites réussites dans vos entreprises de la journée,  je vous invite à les dire. Partagez ainsi vos célébrations de victoires, petites ou grandes, ce bienfait-là, il est contagieux !

(*) Les noms ont été modifiés.

Stéphane Loiret – Septembre 2012

« Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »  Guillaume d’Orange.

Transition professionnelle, magie du réseau et soin quotidien


Image « Lorsque la cigale alla trouver la fourmi sa voisine… », disait La Fontaine, celle-ci ne fut pas mobilisable pour fournir aide et ressources. C’est vrai, il y a plusieurs choses que vous ne devez jamais demander a un membre de votre réseau. Et pourtant combien de cigales nous arrive-t-il de croiser dans ces temps tourmentés ? Combien éprouvent bien davantage la difficulté de se connecter avec celui ou celle qui pourrait leur permettre de faire progresser leurs projets, ou retrouver une situation professionnelle satisfaisante ?

L’art du réseau, c’est une question de nature, mais c’est aussi une posture par rapport a la vie. C’est aussi une question de choix. Accorder du soin au quotidien a son réseau, c’est d’abord se donner du temps pour être disponible avec une qualité de présence dans ses relations. C’est clairement choisir de privilégier la relation sur l’intendance. De continuer a écouter sans consulter ses mails sur le téléphone. Oui, c’est un choix d’y consacrer du temps, et en même temps c’est en gagner dans toute notre vie.

La magie du réseau opère naturellement tout aussi quotidiennement. Nous sommes nourris des cette qualité d’échange qui nait avec cette attention. Le réseau se nourrit de ces dons mutuels et grandit de ressources supplémentaires. Plus tard, les ressources les plus rares (disponibilité, compétences, moyens) deviennent envisageables. La magie du réseau apporte naturellement ce dont nous avons besoin des lors que notre demande est claire sans être une exigence.

Être vrai, sincèrement disponible, c’est peut-être la le secret. Et notre soin quotidien de nos relations a l’autre, ça peut commencer des maintenant !

Stéphane Loiret – Septembre 2012

Bien-être et performance au travail


Bien-etre et performance au travail, par Stephane LoiretLe stress au travail est devenu ces deux dernières décennies un sujet de plus en plus brûlant. Sous la pression d’objectifs de plus en plus contraints, la souffrance psychologique s’est invitée dans le quotidien de nombreux employés, dirigeants et cadres intermédiaires.

Et pourtant, nous avons certainement le souvenir que chacune de nos épreuves remportées avec succès, chaque objectif rempli par nous-même ou notre équipe, a souvent été l’aboutissement de plusieurs jours, semaines, mois de mobilisation collective, d’efforts, et de difficultés inattendues.

Mais ce qui conduit au résultat, au-delà des talents et du travail nécessaire, comprend une part de motivation et d’enthousiasme collectif sans lequel rien d’exceptionnel ne peut surgir.

Plutôt que de chercher à éradiquer la souffrance uniquement par le « combat », l’annihilation des situations stressantes, le « moins de stress », il m’apparait autant au moins efficace sinon davantage de s’intéresser à construire cette motivation et cet enthousiasme individuel et collectif. Plus de bien-être au travail. Plus de bien-être c’est plus d’êtres « bien dans leur travail ». Je ne parle pas de mettre un spa en libre-service ou une salle de jeux (quoique…cela se pratique aussi), car cela sous-tend que c’est à l’organisation uniquement de veiller à ce bien-être.

Je pense que nous avons individuellement la responsabilité pour nous-mêmes, nos proches, nos collaborateurs, cette responsabilité de veiller à ce bien-être.

Et les ressources sont aussi multiples que les individus. Sont souvent gratuites et immédiatement mobilisables.

Prendre soin de l’emploi de son temps et de celui de ses collaborateurs (si je dirige un projet est-ce que les réunions peuvent se programmer au meilleur temps d’attention du groupe? puis-je éviter de mobiliser mes collègues après 17h?), donner du sens et de la visibilité sur les conséquences de ce que nous faisons (« nous ne taillons pas des pierres, nous participons à l’édification de la cathédrale »), donner du temps aux relations pour en gagner ensuite dans l’exécution, garder un espace de créativité pour certains contributeurs, rassurer par un cadre précis pour d’autres.

Toutes ces pistes peuvent contribuer à vous rendre plus heureux au travail, vous-mêmes comme vos collègues.

Le bien-être semble si loin du monde de l’entreprise, et pourtant à notre portée dès que nous ramenons cela à l’échelle d’une équipe, d’un projet. Chaque personne a ses propres ressorts de motivation, besoins de reconnaissance (pour lui-même, sa qualité de contribution, l’efficacité de son travail…). Il nous appartient aussi individuellement de les nourrir.

Si nous convenons qu’un employé motivé, déploie ses compétences en ayant la satisfaction de se sentir utile, de contribuer et de développer ses talents, alors oui, le plaisir au travail contribue directement à la performance.

Stéphane Loiret – juin 2012